

L’intention artistique repose sur l’idée d’une écologie de l’écoute. Plutôt que d’ajouter un récit au lieu, il s’agit de révéler les récits déjà présents : bruissements, souffles, gouttes, craquements, chants, silences. Ces matières sonores, en dialogue avec le jeu instrumental et l’électronique, créent une polyphonie discrète où le réel et le rêvé se confondent. L’auditeur devient explorateur : il suit des traces auditives, s’arrête, reprend, écoute à nouveau. Chaque pas modifie son expérience, chaque orientation de son corps redessine la partition. S’enforester est un jeu de pistes sonores, une expérience sensible aux racines de notre écoute primitive et universelle.
Il ne s’agit pas simplement d’emmener le son dans la forêt, mais d’inviter le public à s’enforester — à se laisser absorber, transformer, ralentir par le rythme du vivant.
Dans un monde saturé d’images, d’informations et de bruit, cette création propose une autre manière d’être présent :
écouter pour mieux appartenir.
S’enforester interroge aussi la place du spectacle dans les espaces naturels : que veut dire “jouer en dehors” aujourd’hui ? Entre la nécessité de préserver les milieux fragiles et le désir croissant de sortir des salles, comment créer une œuvre qui ne consomme pas l’espace, mais le révèle ? Ici, l’artiste ne s’installe pas dans la forêt,
il s’y déplace, s’y fond, s’y accorde. Le public n’est pas spectateur mais présence écoutante, en dialogue avec un milieu qui lui répond.
Par ce geste, S’enforester tente de réinventer notre rapport sensible à la nature : non plus en conquérants, mais en alliés, en passants, en auditeurs du monde.

En jeu jusqu’à 6 artistes : Eva Marie Schieffer (flûtes), Benjamin Soistier et Dominique Waltisperger (percussions), Nicole Piazzon et Nicolas Perrin (électronique) et un oiseau musicien avec son éducateur Tristan Plot. Un unique oiseau en scène pour représenter l’ensemble des oiseaux des forêts. Ici un geai des chênes (dit le prince des forêts) avec l’aboutissement d’un travail commencé il y a deux ans d’éducation sensible pour jouer en public en interaction directe avec les musiciens et la possibilité d’activer des instruments de musique conçus spécialement pour lui (objets sonores à manipuler, réponses chantées au jeu de la flûte, déplacements…). La relation que nous avons développé avec ce geai nous permet aujourd’hui de créer une poésie sensible inédite qui est au centre de la dramaturgie du projet.
La composition musicale entre écriture et improvisation en lien avec l’in situ, joue un instrumentarium multiple tel que plusieurs flûtes traditionnelles et une flûte contrebasse Paetzold avec un grand ensemble de txalaparta (percussions traditionnelles du pays-basque) composé de chevrons de bois et de fagots. Ces txalaparta sont un fil conducteur dans le parcours du spectacle, elles s‘organisant au fur et à mesure et fabriquent un grand et commun instrument pouvant être joué à la fois par les musiciens et par le public. Dans le fil du bois, est joué également un duo singulier “d‘arbrasons“ du luthier José le Piez, instruments inédites sonnant à partir de la caresse du bois... Aussi tout un ensemble de végétaux et percussions sont joués et activés dans l‘évocation de la biophonie animale tout en faisant résonner le lieux.
Une installation sonore, fondue dans le paysage, vient se jouer en surimpression de l‘environnement. Les petits haut-parleurs sont dissimulés dans l‘environnement sur des branches, sous des feuillages jouant à la fois une composition électroacoustique subtile mêlant sons électroniques et naturels, et 2 synthetiseurs s‘intégrant dans la végétation : le TERRA et le FLUX de SOMA jouant des paysages électroniques imitant tantôt l‘orage, la pluie et des chants d‘insectes. La dramaturgie globale suit a à la fois les cycles naturels des forêts et aussi la verticalité de son paysage : des racines jusqu’à la canopée, en passant par le sol, les arbres et son monde animal, du calme relatif du vivant jusqu’au climax du déchaînement des éléments.

L‘intégration du public est essentielle dans le travail de création, puisqu‘il s‘agit d‘ouvrir la frontière entre scène, artistes et public en incluant tout les participants dans l‘espace de représentation. Le public peut à la fois se déplacer, s‘assoir et aussi participer à certains moments à la fois à la mise en place de certains éléments de scénographie (supports pour txalaparta, structures d‘accroches...) et aussi au jeu musical en jouant un ensemble d‘instruments / végétaux fabriqués à cet effet (appeaux rossignol, claves de noisetier, rhombes, fouets...).
Ainsi le public est toujours invité, sans paroles, en fonction de l‘écriture du spectacle à particper aux différentes actions proposées. Ainsi par moments, le public se retrouve tantôt comme au milieu d‘une grande volière, ou bien comme une petite fourmi travailleuse...
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Composition et performance : Nicolas Perrin
Mise en scène et performance : Nicole Piazzon
Percussions : Benjamin Soistier / Dominique Waltisperger
Flûtes : Eva Marie Schieffer
Education du geai et performance : Tristan Plot
Scénographie et performance : Clément Poma
Production : Clara Normand
Diffusion: Les Petits Papiers

Participatif pour tous publics à partir de 3 ans
Durée : 30/40 min
Avec le soutien de :
L’Entre-Deux Centre Culturel de Lesigny
Festival La nuit des forêts 2026


